Bulletin de mai

Jésus, que ma joie demeure !

Chers amis,

               Dans son roman Que ma joie demeure, Jean Giono raconte une quête de la joie : une recherche toute humaine et, à vrai dire, païenne, d’une joie qui demeure. Le titre de son livre reprend le premier vers d’un choral de Bach: « Jésus, que ma joie demeure », mais en en supprimant le premier mot, le nom de Jésus. Pourquoi a-t-il supprimé ce premier mot, le plus important de tout l’appel, le nom de celui qu’on appelle, le seul qui, jusqu’à présent, ait compté pour la recherche de la joie, comme il le reconnaît lui-même, dans Les Vraies Richesses ? « Je l’ai supprimé, explique Giono, parce qu’il est un renoncement. Il ne faut renoncer à rien. Il est facile d’acquérir une joie intérieure en se privant de son corps. Je crois plus honnête de rechercher une joie totale. » Giono reproche, par ailleurs, à la joie de Jésus d’être toute personnelle : « … Il est en joie pour maintenant et pour toujours, mais seul. » Et le romancier oppose à cette joie, la joie de l’immersion dans le tout de l’univers, la joie du mélange de l’homme et de la nature.

Mais cette joie panique qui fait l’objet de son roman est-elle la joie qui donne au désir humain sens et avenir ? Est-elle vraiment la joie qui demeure ? Giono fait voir, avec beaucoup d’honnêteté, les impasses et le drame de cette quête.

L’action se déroule sur un plateau isolé et désolé de la Haute-Provence, où la terre est pauvre, et la vie dure, très dure, sans joie. Pourtant, au fil des jours, dans le cœur d’un paysan, nommé Jourdan, une espérance a germé

Depuis longtemps il attendait la venue d’un homme. Il ne savait pas qui. Il ne savait pas d’où il viendrait. Il ne savait pas s’il viendrait. Il le désirait seulement… Et le désir est un feu… Et tout brûlait dans ce feu.

Voici que, par une nuit claire d’hiver, Jourdan voit apparaître l’homme qu’il attendait sans le connaître. Il s’appelle Bobi.

Or la terre était malade, bien malade. Jourdan l’avait remarqué, un jour de foire, dans le regard des hommes qu’il avait rencontrés à l’auberge : « … Ils avaient le même souci au fond de l’œil. Plus que du souci, de la peur. Plus que de la peur, du rien. Un endroit où il n’y avait plus ni souci ni peur ; les bœufs quand ils ont le joug.

Cet homme, venu d’ailleurs, a remarqué, lui aussi, et tout de suite, que c’était triste ici, sur ce plateau. Invité par Jourdan à rester sur le plateau, Bobi entre prend d’ouvrir à la joie les cours de tous ces hommes qui vivent et qui peinent sur cette terre désolée, en les ramenant aux sources primitives de la vie.

Bobi leur apprend la gratuité, « la passion pour l’inutile : « Il faut planter des aubépines, dit l’homme. Des haies d’aubépine autour des maisons, et des bosquets d’aubépine à l’angle des champs… » – L’aubépine est inutile…  Oui, mais, « avec de l’aubépine, il y a des oiseaux. -Ah ! »

Puis Bobi révèle à Jourdan la « lèpre de l’argent ». Le blé sert à la nourriture. Il ne faut pas le thésauriser ni le convertir en billets de banque.

Bobi engage aussi Jourdan à sortir de sa solitude. Ensemble ils vont rendre visite aux autres habitants du plateau. De nouveaux rapports se créent peu à peu. Ils entrent en communion les uns avec les autres.

Bobi les encourage tous à se mélanger au monde, à s’intégrer au tout, à sentir qu’un même courant de vie passe entre tous les êtres. Sentir d’une façon cosmique ! Il veut ainsi les arracher à l’angoisse de la solitude et de la mort. En les faisant participer au chant du monde, il espère les ouvrir à la joie qui demeure, par-delà les limites étroites de l’existence individuelle : la joie du grand tout cosmique.

Mais cet univers auquel tous rêvent de communier dans la joie continue inexorablement sa marche. La nature ignore les individualités. Se fondre en elle, c’est se perdre. Ici commence la tragédie. Un à un, les habitants prennent peur : ils sentent que le monde de la nature, avec ses forces écrasantes, n’est pas à la mesure de l’homme. Leurs cœurs étouffent d’une tendresse inassouvie. Et ce n’est pas le chant du monde qui peut la guérir de son désespoir. Un après-midi d’été, dans la chaleur torride, on entend un coup de fusil : la petite Aurore s’est tuée, comme son père quelques années plus tôt. Et le plateau, tout entier, bascule dans l’effroi. L’effroi d’un monde où tout se répète, où il n’y a pas d’avenir. Un monde où triomphe l’antique destin.

Bobi reconnaît son échec : il n’y a pas de joie. Pas de joie qui demeure. Il décide de partir. L’orage gronde, éclate sur le plateau. Un orage de fin du monde, qui hurle la démesure de l’univers et l’insignifiance de l’homme. C’est le déchaînement des forces telluriques, le retour au chaos. Le ciel et la terre se mélangent à nouveau dans l’épouvante. Bobi fuit cette terre solitaire, livrée au feu du ciel. Marche interminable, haletante, harassante, hachée de grands éclairs. Un dialogue dramatique s’engage entre Bobi et son double. Son double, terriblement lucide, lui reproche sa naïveté, son entêtement, sa tricherie, sa peur. Bobi résiste, refuse, rejette cette tentation de désespoir. Mais son double le poursuit, le relance, le rappelle à sa vérité, à sa froide vérité :

-Il n’y a pas de joie.

-Ce n’est pas vrai. S’il n’y avait pas de joie, il n’y aurait pas de monde. Ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas de joie…

-Et qu’est-ce ça peut foutre au monde que tu sois sauvé ou perdu? … Tu es seul depuis que tu es né… Si la joie existait, mon pauvre vieux, si elle pouvait entrer dans ton corps pour faire l’addition, tu serais tellement grand, que le monde éclaterait en poussière. Désirer. Voilà tout ce que tu es capable de faire. C’est une façon qu’on t’a donnée de te brûler toi-même. Rien ne demeure… Il n’y a pas de joie.

-Ce n’est pas vrai.

-Qui te le prouve ?

-Rien.

-Il n’y a pas de joie.

– Si.

-Il n’y a pas de joie.

– Il ne faut pas que ce soit vrai.

– Il n’y a pas de joie.

-Tais-toi.

-Il n’y a pas de joie.

-Si! Je la vois !

-C’est toi que tu vois… Ton malheur et ta joie, c’est toi-même. »

Bobi marchait, le torse nu ruisselant de pluie. Autour de lui, les éclairs jaillissaient avec la force d’une forêt en feu. Soudain, « la foudre lui planta un arbre d’or les épaules ». Mais avant qu’il ne tombe foudroyé, il avait eu ces dernières paroles : « … Maintenant, je sais. J’ai toujours été un enfant ; mais c’est moi qui ai raison. »

Oui, Bobi avait raison de croire à la joie. Il avait raison de penser que, si la joie n’existait pas, le monde non plus n’existerait pas. Il avait raison de la désirer, de la chercher. Mais il la cherchait dans la mauvaise direction, là où elle ne peut fleurir. Il espérait la trouver dans un mélange de l’homme et du monde, dans un retour au sein de la nature, en deçà de la conscience et de l’individu.

Or rien ne pourra empêcher l’homme d’être une individualité. Le cri de l’individu qui veut vivre face à la démesure impersonnelle du monde, trahit déjà le caractère insurpassable et sacré de la personne vivante. Les grands commencements ne sont pas à chercher en arrière, dans le retour au tout indifférencié de la nature, mais en avant, là où émerge, du sein de la vie cosmique, la personne consciente et vivante, l’image de Dieu, la contemplation divine du septième jour. C’est dans cette direction que l’évangile de Jean oriente le regard et le désir de l’homme. Jésus invite ses disciples à entrer avec lui dans une communion de vie toute personnelle. Cette communion n’est autre que celle qui existe entre lui et son Père, la source de la vie. Elle seule peut arracher l’homme à sa solitude comme à sa finitude elle l’ouvre à la vie infinie sans pour autant détruire son identité personnelle. C’est une communion personnalisante. Chaque personne y est reconnue, confirmée dans ce qu’elle a d’unique et d’éternel. Car la joie veut l’éternité : l’éternité de la personne :

«  … Que tous soient un, dit Jésus.

Comme toi, Père, tu es en moi

et moi en toi,

qu’eux aussi soient un en nous… (Jn 17,21).

Maintenant je viens vers toi, et je parle ainsi dans le monde

afin qu’ils aient en eux-mêmes

la plénitude de ma joie » (Jn 17,13).

La joie profonde de Jésus est celle de la communion filiale avec le Père : une communion qui concilie, en les réalisant pleinement, les deux grandes aspirations de l’homme, les deux composantes du désir humain : d’une part l’aspiration à une plénitude de vie, qui tire l’individu de sa solitude et de sa finitude, et, d’autre part, l’attache ment à l’identité de la personne, à son caractère unique. Là est le secret de la joie humaine et divine que Jésus nous offre. Il est le premier à jouir de la filiation divine. Mais, en lui, tout homme est appelé à connaître la joie de cette communion sans fin.

Dire, comme le fait Giono, que cette joie est renoncement, c’est méconnaître le vrai message de Jésus, selon Jean. L’évangile de Jean nous place avant tout devant une surabondance de vie qui s’offre à nous. Il s’agit pour nous essentiellement d’accueillir cette plénitude. Il y a, bien sûr, un renoncement évangélique. Mais c’est un renoncement à tout ce qui fait obstacle en nous à ce flot de vie, à tout ce qui empêche le désir de grandir et le retient dans des formes étroites et archaïques. On le voit chez les saints : libres de tout repliement sur eux-mêmes, ils sont comme soulevés par une surabondance de vie, par un élan créateur, qui les lancent dans les entreprises les plus hardies. A travers eux, c’est la vie créatrice et divinisante de Dieu qui se manifeste et se répand. [source : d’après Le Maître du désir, Eloi Leclerc]

Chers amis, pour grandir dans cette vie divine, il n’est de chemin plus assuré que la dévotion à Marie. Nous ne pourrons jamais devenir un en Jésus si nous n’aimons pas la Très Sainte Vierge comme Lui. « Jésus s’obscurcit quand Marie est dans l’ombre » (P. Faber). Sans la dévotion envers la Sainte Vierge, l’amour envers Jésus diminue également. Marie a été la « matrice » qui a formé Jésus et qui continue à former Jésus en tous ceux qui se confient à elle.

Le mois de mai nous donnera de la vénérer de multiples manières : prière du chapelet (en famille !), fleurissement de son autel à discrétion, participation active aux offices de la Vierge le dimanche, marche joyeuse et priante vers son sanctuaire de Pellevoisin. Là, dans cette campagne berrichonne, Estelle Faguette s’est laissée éduquée par la Vierge Marie au cours des quinze apparitions qui l’aideront à grandir dans la foi, l’espérance et la charité. La grande pédagogie de Marie à Pellevoisin est de nous apprendre à ne pas lui lâcher la main et à lui faire confiance en toute circonstance. En ce mois de mai, entendons l’appel de Marie à Pellevoisin : « Publie ma gloire. »

Bon mois de Marie !

Abbé Kegelin

Annonces

Mois de mai, mois de Marie : chaque dimanche de mai (sauf le dimanche 2), office marial de 16h30 à 17h30 à Notre-Dame. Approfondissement d’une apparition de la Vierge, louanges à Marie devant le Saint-Sacrement exposé. 

Pèlerinage de Pentecôte : samedi 22 mai, vers Pellevoisin. Cf tract sur le présentoir. Inscrivez-vous vite !

Ascension : Messe chantée à 10h30. Fête d’obligation. L’assistance à la messe ce jour-là est un commandement grave de l’Eglise.

Lundi de Pentecôte : Messe chantée à 10h30.

Recherche moniteurs : la colonie Saint-Jean-Baptiste-de-la-Salle recherche des animateurs et animatrices du 7 au 21 juillet à Sées (Orne) pour l’encadrement d’enfants de 6 à 11 ans, ainsi que des bonnes volontés pour la gestion de la cuisine. Les frais de déplacements sont indemnisés. Avoir au moins 17 ans et bien sûr d’être motivé. http://colodelasalle.free.fr ; colodelasalle@hotmail.fr

Ordinations diaconales à la FSSP : prions le 8 (Wigratzbad) et 28 mai (Denton) pour les 14 ordinants.

Ordination sacerdotale de l’abbé Josef Unglert : le 26 juin prochain en l’abbatiale d’Ottobeuren (Bavière). Ceux qui désireraient assister à l’ordination et réserver un gîte lorsque cela sera possible sont invités à se signaler à l’abbé Kegelin.  

Professions de Foi : Elles auront lieu en la solennité du Sacré-Cœur de Jésus dimanche 13 juin. Recollection à Pellevoisin la veille, samedi 12 juin. Cet engagement public du jeune chrétien adulte est un sacramental qui aide à vivre pleinement sa vie chrétienne. Recommandée à partir du collège, elle requiert d’avoir achevé son initiation chrétienne en ayant reçu les 3 sacrements de l’initiation : baptême, confirmation et communion. S’inscrire sans tarder par mail à fsspbourges@gmail.com

Carnet de famille

Baptême : Mayeul d’Escayrac (Bonavita) le 14 mars

Fiançailles de Charlotte Bonavita avec Louis Munier le 13 mars

Mariage de Julien Wallerand et Emilie Harriau le 10 avril ; de Etienne Cousin et Fanny Fossier le 24 avril

Catéchisme, Formation & Retraites

Groupes du primaire : tous les mercredis matin

Groupe collégiens : catéchisme toutes les semaines de 17h à 17h45 pour les 4e-3e et de 17h45 à 18h30 pour les 6e-5e.

Groupe lycéens : vendredi 28 mai de 19h à 21h au 9 rue MacDonald.

Groupe étudiants et jeunes pros : mercredi 19 mai de 19h à 21h au 9 rue MacDonald.

Retraites et Recollections : voir tract sur présentoir.

Horaires pour ce mois

 MessesConfessions
Dimanche et fêtes9h : messe lue 10h30 : Grand’messe 
Lundi9hAprès la messe, sur demande
Mardi9hAprès la messe, sur demande
Mercredi9hAprès la messe, sur demande
Jeudi9hAprès la messe, sur demande
Vendredi9h, suivie de l’adoration du St-Sacrement jusqu’à 11hPendant l’adoration
Samedi9h, suivie du chapeletDe 16h à 18h

Calendrier liturgique

S 1Saint Joseph ArtisanL 17Saint Pascal Baylon, confesseur 
D 24e Dimanche après PâquesM 18Saint Venan, martyr 
L 3de la FérieMe 19Saint Pierre Célestin, pape confesseur 
M 4Sainte Monique, veuveJ 20Saint Bernardin de Sienne, confesseur 
Me 5Saint Pie V, pape et confesseurV 21de la Férie 
J 6de la FérieS 22*Vigile de la Pentecôte 
V 7Saint Stanislas, évêque et martyrD 23Dimanche de la Pentecôte 
S 8de la Sainte Vierge le samediL 24Lundi de la Pentecôte 
D 95e Dimanche après PâquesM 25Mardi de la Pentecôte 
L 10Ste Solange, patronne du Berry de la ville de Bourges  confesseurMe 26Quatre-Temps de Pentecôte 
M 11Sts Philippe et Jacques, apôtresJ 27Jeudi de la Pentecôte 
Me 12Vigile de l’AscensionV 28Quatre-Temps de Pentecôte 
J 13Ascension de Notre-Seigneur Jésus-ChristS 29Quatre-Temps de Pentecôte 
V 14Vendredi après l’AscensionD 30Fête de la Très Sainte Trinité 
S 15Saint Jean-Baptiste de la Salle, confesseurL 31Fête de Marie Reine 
D 16Dimanche après l’Ascension*Pas de messe à ND 
Chapelet : à Notre-Dame, chaque samedi après la messe de 9h et le dimanche à 10h avant la messe. Confraternité Saint-Pierre : elle regroupe les fidèles catholiques désireux de soutenir par la prière la sanctification personnelle et le rayonnement apostolique des prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre. Renseignements et inscription : table de presse de l’église ou http://www.confraternite.fr  
Contact
Abbé Jean-Antoine Kegelin, FSSP                  Abbé Louis Le Morvan, FSSP  
07 77 92 86 32 /09 87 77 61 13                           06 52 87 85 10  
jakegelin@yahoo.fr                                                   louislemorvan@gmail.com
Maison Sainte-Solange      5, rue Macdonald – 18000 Bourges  

Chanoine Stéphane Quessard, curé de la paroisse St-Guillaume 02 48 24 07 93 (secrétariat)